Shojo Kissa

La Belle et la Bête

Sujet vu et re-vu que celui de la beauté à la japonaise, mais telle un Marylin Manson devant son Amérique, je me trouve face à un sujet inépuisable.

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la mode nippone et donc aux critères de beauté qui font fureur ici, je ne vous apprendrais rien (mais restez, s'il vous plait ヽ(;▽;)ノ).

Pour les néophytes, je vous plante un décor rapide de chez Daiso :
- Tu es blanche ? Tu es belle.
- Tu es mince ? Tu es belle.
- Tu as un Vuitton ? Tu es belle.
- Tu es refaite de partout ? Tu es belle.
(Tu es parisienne ? Tu es parfaite.)

Bon, premier point : la blancheur. C'est assez consternant de mon point de vue de voir tant de nanas se tartiner de BB cream blanchissante alors qu'elles sont souvent plus pâles que moi. Je crois que personne ne leur a dit que les blanches étaient souvent plus "poulet jaune" que "suédoise", et que donc la plupart des japonaises n'ont pas besoin de se jacksoniser. J'ai souvent observé aussi que, dès que le soleil montre le bout de son nez, une partie de la gent féminine sera couverte de la tête aux pieds. Pour ceux et celles qui ne croyaient pas aux gants longs portés en été, ce n'est pas une légende.
Du coup, quelle que soit la température, les plus timbrées motivées porteront gants, visière, chapeau, masque, lunettes de soleil, vêtements anti-UV (oui, oui) et probablement de la crème solaire. Ça ne plaisante pas. Forcément, avec tous les produits qu'elles s'appliquent, je ne peux même pas positiver en pensant qu'elles éviteront un cancer...

Second point : la minceur. Les Japonais sont connus pour être, avec les Coréens, les plus sveltes au monde (les chanceux T_T). De quoi vous filer des complexes dès votre arrivée à l'aéroport, ce qui ne manque pas aux étrangères de façon générale.
Très récemment, une Japonaise me regardait de haut en bas, de façon pas du tout discrète, et sur le coup, j'ai eu envie de lui dire "Mais pourquoi tu me mates comme ça ? Je veux dire, nous sommes toutes les deux des femmes, avec des sei... AH, mettons que j'ai rien dit."
Eh oui, quand on dit mince, c'est au point de ne plus avoir de poitrine, mais au moins, elles sont proportionnées, ELLES.* Elles n'ont rien, mais rien, nulle part et n'ont pas de taille marquée. Mais quiconque dépassera le bonnet B et demi sera donc la cible des regards, ne portez jamais de décolletés !
Étrangement, cette obsession de la brindille ne m'a pas complexée. De plus, perdre du poids en venant vivre ici est le lot d'une majorité, si j'en crois beaucoup de gens autour de moi** et ce, quel que soit votre régime alimentaire.
Mais bon, pour la Japonaise, faire plus de 50 kilos devient vite un drame, et donc un business juteux pour ces cliniques qui se proposent de lui faire perdre beaucoup d'argent de poids.

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Terrifiant.
Les hommes ne sont pas en reste, mais maîtrisant moins ce sujet, je ne m'y aventure pas. Il n’empêche qu’un autochtone qui t’annonce tout sabishii qu’il doit perdre deux ou trois kilos alors qu’il en fait vingt de moins que toi peut donner des envies de meurtre avec préméditation et actes de barbarie. N’oubliez pas vos pilules.

Troisième point : la mode. Je crois que là encore, je ne me suis jamais sentie aussi bien habillée qu’au Japon, et je n’ai pourtant pas vraiment la classe avec mes tee Legend Of Zelda et mes jeans. Dans la rue, vous avez -sont exclus les uniformes scolaires- trois récurrences : les Greluches, les Chanel et les Shitamachi. C’est parti pour une petite typologie de la Japonaise, en avant les clichés qui n’en sont malheureusement pas….

Les Greluches, ces demoiselles toutes en jambes et cuissardes, bronzées, le crin décoloré, manteau en fausse fourrure panthère*** et en shorts, dont le clinquant des faux-ongles n’a d’égal que les strass recouvrant leur keitai, sont celles qu’on va aussi appeler des Gals. Elles me causent en général une fracture oculaire par tant de mauvais goût en simultané, mais passons. J’ai eu, moi aussi, des désordres textiles et capillaires volontaires dans ma jeunesse.

Les Chanel, vous l’aurez deviné, sont celles qui ne jurent que par les grandes marques comme Vuitton, Dior, Chanel, Hermès… Souvent très élégantes, elles magnifient la Parisienne comme un modèle à suivre (on ne doit pas connaitre les mêmes, je pense) mais manque de bol, ce sont des clones : Lunettes « mouche » Dior, trench clair (noué sur le coté ou dans le dos), escarpins, pantalon droit ou petite jupe noire de bonne facture, brushing impeccablement cartonné de laque, sac Vuitton ou Chanel.
Pourquoi tant de luxe, me direz vous ? Ce n’est pas forcément une affaire de salaire. En fait, ici, les vêtements sont souvent très chers, en moyenne deux fois le prix en Europe****. Vous comprendrez bien qu’entre un manteau de marque de luxe et un autre de moindre renommée, mais au même prix… vous choisissez vraiment celui qui vous plait.

Les Shitamachi (下町, Ville Basse) sont ceux et celles qui vont se balader en pyjama, en survêtement, en n’importe quoi qui ne peut décemment être désigné comme « seyant ». Ce terme de Shitamachi vient du dialecte tokyoïte de shitamachi kotoba 下町言葉, dialecte considéré comme vulgaire.
La moitié des victimes le sont aussi d’obésité, le premier pouvant être la cause du second, et inversement.

Dernier point, que j’ai honteusement tenté de camoufler, mais vous, qui voulez vivre au Japon, ou le visiter, vous DEVEZ savoir.
Tout d’abord, ceci :

https://www.youtube.com/watch?v=QqLNb98Ut-A

Voilà. Sans maquillage, sans faux-cils, sans faux-ongles, sans soutiens-gorges rembourrés, sans perruque, sans… la Japonaise n’est rien. Pis encore, elle peut même surprendre par sa laideur si jamais elle se démaquille, surtout à partir d’un certain âge et d’un âge certain. Certaines ne se démaquillent plus pour dormir, et se lèvent avant leur compagnon afin de tout refaire. Prenez au hasard, à Ginza, trois Japonaises de 20, 40 et 60 ans (faites attention, on confond parfois si on regarde pas bien), vous avez facilement assez de mortier sur chaque visage pour bâtir votre maison.

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Évidemment, je connais des japonaises qui n’usent pas de ces artifices à outrance et qui, entre nous, n’en ont pas besoin, et elles ne sont pas si rares.

Tout existe ici pour changer ce corps féminin qu’il faut manifestement savoir martyriser. C’est là que se trouve le véritable sadomasochisme à la japonaise. Tout un tas d’instruments sont créés pour permettre d’avoir une belle peau, un beau sourire, des pommettes, zéro rides, et j’en passe, le tout se trouvant dans n’importe quel Loft du pays.

Et tout ça pour quoi ? Pour ressembler à des occidentales, tout comme les occidentales rêvent de minceur/d’élégance/de kawaii japonais. Ce que j’ai décrit des Japonaises, j’aurais pu finalement l’écrire sur n’importe quel groupe féminin du monde occidentalisé, tout en trouvant des sources similaires dans les magazines. Réfléchissez bien à ça, avant de vous considérer comme une victime du temps/de la bouffe/des médias : même celles qui pourraient n’avoir rien à envier au stéréotype de la fille parfaite ont des complexes que je qualifierais d’imaginaires. Au final, le plus important est d’être en bonne santé… 😉

* Ceci n'est pas une complainte à ma foutue génétique.
** 10 kilos de moins en trois mois !
*** Je tiens à rappeler définitivement que le motif panthère ne va bien qu’aux panthères. Merci.
**** Avant de faire vos stocks pré-voyage, sachez que nombreuses sont les boutiques à vendre des vêtements abordables. N’oubliez pas de faire un M japonais, par contre.

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