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Critique livre : Comment apprendre à s'aimer, de Yukiko Motoya

Nous ne sommes pas au Japon. Ou bien si. On cuisine avec des baguettes, l'anglais et Noël semblent étrangers... mais chaque personnage possède un prénom qui semble venu de partout et nulle part : Ena, Sue, Maya, Joe, Linde, Tyler, le couple Shôji...

C'est Linde que nous suivons au fil des âges et des différentes étapes de sa vie. C'est une jeune femme ordinaire, maladroite, empreinte de défauts qui la rendent aussi attachante qu'insupportable... comme nous le sommes tous. Elle rêve, elle fonce dans les illusions, en tombe telle Icare, et finalement, en prend son parti avec le temps qui passe. Elle renonce à certains rêves, ou plutôt chimères, en cultive d'autres. Elle se marie, y croit un temps, à ce mariage, puis divorce et s'investit dans une association où elle rencontrera du monde.

Sans être un roman exceptionnel, c'est néanmoins un texte bien écrit, bien traduit, qui se lit rapidement et qui a le don de bousculer l'air de rien notre vision de la vie, pour peu qu'on prenne du recul et qu'on accepte la réalité : Linde, c'est vous, c'est moi, c'est chacun des personnages. Tous parfaits dans leur imperfection humaine, leur sentiment, leur décalage, leur appréciation de la vie. Ce que propose le roman, c'est d'échouer. De rater des choses, des étapes, des relations, mais de toujours avancer et peut-être de garder en soi quelques chimères à cultiver. Qu'est-ce que réussir sa vie, après tout ? Est-ce devenir célèbre, accumuler de l'argent, des amis, des biens, comme nous le répètent société et médias ? Ou réussir à avancer et continuer son chemin malgré les aléas, bien communs, de tout un chacun ? C'est là qu'intervient Linde, et ça fait du bien.

Lire un extrait ici.

Auteur : MOTOYA Yukiko 本谷 有希子
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Titre original : 自分を好きになる方法 Jibun wo sukininaru houhou
Éditeur : Philippe Picquier
Parution japonaise : 2013
Parution française : Août 2016
ISBN : 2-8097-1188-2
Prix : 16,50 €

La quatrième :

Il existe sans doute quelqu’un de mieux, c’est juste que nous ne l’avons pas encore rencontré. La personne avec laquelle nous partagerons réellement l’envie d’être ensemble, du fond du cœur, existe forcément. Je crois que nous devons continuer à chercher, sans nous décourager.
Au fil de ses apprentissages, de ses déceptions et de ses joies, Linde – femme imparfaite, on voudrait dire normale – découvre le fossé qui nous sépare irrémédiablement d’autrui et se heurte aux illusions d’un bonheur idéal.
Elle a 16 ans, puis 28, 34, 47, 3 et enfin 63 ans ; autant de moments qui invitent le lecteur à repenser l’ordinaire, et le guident sur le chemin d’une vie plus légère, à travers les formes et les gestes du bonheur : faire griller du lard, respirer l’odeur du thé fumé ou porter un gilet à grosses mailles. Car le bonheur peut s’apprendre et « pour quelqu’un qui avait raté sa vie, il lui semblait qu’elle ne s’en sortait pas trop mal. »

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