Dimanche 5 Février 2012
Se loger à Tōkyō

Se loger au Japon et en particulier à Tōkyō n’est pas une sinécure, surtout lorsque l’on est étranger. Certains logements sont d’ailleurs réservés aux seuls japonais.
Que l’on souhaite rester une semaine, un mois ou un an, il existe cependant des solutions que je vais essayer de vous détailler dans ce dossier.

Les appartements à Tōkyō sont chers, ce n’est une surprise pour personne. Cependant, pour qui vient de Paris ou de n’importe quelle autre capitale européenne, la surprise peut s’avérer plutôt positive.
Différents critères s’appliquent pour expliquer le prix d’un logement. Le premier d’entre eux est essentiel au Japon. Il s’agit du temps de marche séparant l’appartement de la gare de train ou de métro la plus proche. Un japonais socialement élevé ne doit pas vivre à plus de 5 minutes. Ensuite, logiquement, le quartier joue un rôle important. Tōkyō est une ville énorme, ou plutôt un ensemble de « petites » villes. Le grand centre est situé à l’intérieur d’un périphérique ferroviaire matérialisé par la ligne de train Yamanote. La majorité des logements les plus chers s’y trouvent. Je dis la majorité car des quartiers très chers comme Ginza ou Den-en-chōfu en sont exclus. Pour le moment donc, rien de surprenant.
Vous le savez, le Japon est un pays très sensible aux tremblements de terre. Logiquement, les annonces immobilières font état des matériaux utilisés pour construire l’immeuble. L’année de construction est aussi essentielle pour les futurs locataires. L’étage, l’exposition, les services annexes sont autant de petits plus qui font grimper les prix. A noter qu’une immense majorité d’immeubles résidentiels ont des balcons, et ce, quelque soit l’étage, premier comme quarantième.

Revenons à l’essentiel.
Vous souhaitez rester au Japon pour une durée n’excédant pas un mois. Selon votre budget, l’hôtel est, comme partout, une solution. Les plus populaires et moins cher sont le NewKoyo (moins de 20 euros la nuit) et l’hôtel Juyoh, pour le même prix et un confort sommaire, avec douches et toilettes sur le palier. Le prix d’un hôtel « normal » varie de 60 à 600 euros. Je ne vous parle même pas des « capsule hotels » qui ne sont une solution que pour une nuit de galère.

Cependant, des compagnies spécialisées dans le logement de courte durée ont vu le jour ces dernières années. Je pense notamment à Sakura House, ou Fontana Apartments. C’est certainement le meilleur rapport qualité/prix si vous voulez séjourner un minimum d’un mois. De 250 euros pour une simple chambre avec parties communes et jusqu’à 1000 pour un appartement 3 pièces à Shinjuku. L’hygiène n’est pas toujours irréprochable et « l’arnaque » jamais très loin. Quelque soit l’agence avec laquelle vous ferez affaire, sachez qu’elle vous demandera au minimum un mois de caution, que vous ne reverrez jamais entièrement. En effet, le jour de votre départ, une partie en sera déduite. Ils l’appellent les « cleaning fees » ou « frais de ménage ». En gros, ne vous embêtez pas à rendre un appartement nickel, quoiqu’il arrive, vous allez payez pour qu’il soit nettoyé. Ces frais s’élèvent en général à une centaine d’euros et peuvent dans certains cas dépasser les 200.

Des mauvaises surprises comme celle là, vous en rencontrerez d’autres, surtout si vous souhaitez vous installer plus longtemps.

Pour qui veut rester plus de 6 mois au Japon, on peut toujours passez par les agences nommées précédemment. Toutefois, si vous travaillez et que vous gagnez votre vie, vous voudrez sûrement vivre dans un appartement plus moderne, plus neuf, plus propre, enfin mieux que la majorité des taudis proposés par Sakura ou Fontana.
Et c’est là que votre chemin de croix va commencer. Etre étranger au Japon, c’est tout sauf un avantage. Les Japonais ont peur des occidentaux. Peur surtout qu’on parte du jour au lendemain sans payer. Ils auraient des raisons de l’être d’après certains témoignages. Au Japon, déménager peut s’avérer le plus gros investissement de l’année. Prenons l’exemple d’un appartement à 1,500 euros par mois, une moyenne pour le centre-ville. Lorsque vous emménagez, vous risquez de donner 2 ou 3 mois de loyer de caution + le loyer en cours + des frais d’agence, généralement un à deux mois + dans certains cas ce qu’on appelle le key money (礼金) qui oscille entre un mois de loyer et une somme infinie. Le key money, c’est un cadeau fait au propriétaire pour le remercier de sa confiance. Il n’est pas rare qu’on vous demande jusqu’à un million de yens (8,000 euros) de key money. En résumé, dans le pire des cas, mais pas le plus improbable, ce déménagement vous coûtera 17,000 euros ! Arghhh !

J’ai récemment déménagé donc je peux vous livrer mes « aventures ». Après être resté deux mois dans un 2 pièces de 35 mètres carrés pour 135,000 yens (1,100 euros) à la station Ochiai (Shinjuku City), j’ai commencé à chercher vers fin février. Les mots d’ordre étaient : immeuble neuf et en hauteur dans un quartier central. Après m’être fait proposer des appartements à 3,000 euros par mois à Shibuya, Shinjuku ou Ikebukuro, je suis descendu en gamme. Logique. J’ai donc visité pas moins de 80 appartement en deux semaines. Cela peut paraître énorme mais c’est la norme ici.Il faut dire qu’il m’est arrivé d’en visiter 10 dans le même immeuble.
Au final, c’est un appartement de 62 mètres carrés à l’est de Ginza pour la modique somme de 240,000 yens (2,000 euros) qui a retenu mon attention. 17ème étage d’un immeuble construit en 2007, parquet noir et toute dernière technologie. Je décide donc de candidater. C’est là que les ennuis ont commencé. Mon agent immobilier s’est révélé être d’une aide précieuse. Mon appartement appartient à un fond de pension anglais lui même détenu par une banque japonaise qui détient aussi l’ensemble de l’immeuble. Difficile donc de négocier directement. Pourtant, rapidement, nous sommes parvenus à un accord. Deux mois de caution, pas de key money et deux mois de loyer gratuits. C’est là tout le paradoxe du logement à Tōkyō. On peut vous demander une somme incroyable en cadeau et vous offrir deux mois de loyer. Seulement voila. Contrairement à la France où une fois la négociation terminée, et quelques papiers vérifiés, l’appartement est à vous, ici, c’est bien plus compliqué. Ne vous amusez pas à mentir sur votre situation professionnelle, car les propriétaires vont appeler vos employeurs, et plus d’une fois. Ensuite, une multitude de papiers officiels vous seront demandés. Pour cela, vous devrez vous rendre dans plusieurs endroits. La mairie de votre ancien domicile, celle de votre prochain, celle de votre bureau, etc. En ce qui me concerne, je suis passé de « OK c’est bon vous avez l’appartement » à « Non, désolé, ils ne veulent pas d’étranger » à « Oui » puis « Non » et enfin « Peut-être »… En tant qu’étranger, un garant est souvent nécessaire. Pas n’importe quel garant. Pour ma part, mon garant était un français installé au Japon depuis près de trente ans et très connu du monde des affaires. Là encore, la réponse a été « Oui » avant de se transformer en « Non, finalement les propriétaires exigent un garant japonais. » Manque de chance pour moi, je ne connais aucun japonais qui accepterait une telle mission. J’ai donc décidé d’abandonner cet appartement et d’en chercher un autre. Mais c’était sans compter sur la pugnacité de mon agent immobilier qui a trouvé la solution. Payer une société spécialisée qui offre des garants. Ce n’est pas très légal mais ça m’a permis de boucler l’affaire.

Au final tout s’est arrangé…avec trois semaines de retard. Trois semaines où je n’avais plus de logement car j’avais déjà rendu le préavis du précédent.
La signature du bail allait être ma dernière épreuve.
Un samedi matin à 10 heures au siège du syndic. Le rendez-vous durera deux heures.
Après avoir signé l’équivalent de trois tomes des Misérables, et avoir rencontré quatre directeurs, six sous-directeurs et huit sous-fifres, je pouvais enfin repartir avec mes clés.


Quelques astuces à présent :
Au Japon, on n’utilise pas les termes F2, F3 ou F4 pour désigner le nombre de pièces d’un appartement. Une autre nomenclature avec les initiales, en anglais, des pièces en question est de rigueur. Exemple, R pour room, K pour Kitchen, D pour Dining, S pour Service room. Un chiffre placé devant les lettres indiquent lui le nombre de chambre. A partir de là, on peut additionner les lettres.
Un 1DK est un appartement avec une chambre (1) un coin repas (dining), une cuisine (kitchen) et une salle de bains et des toilettes qui n’ont pas de « lettres » à part entière. De même, un 3 LDK est un logement avec 3 chambres, un salon (living), un coin repas, une cuisine, etc.
Le plus petit appartement est un 1R (studio) et les plus grands vont jusque 5LDK, mais en théorie, il n’y a pas de limite.

Il arrive fréquemment que sur certains plans d’appartement, l’unité de mesure ne soit pas le mètre carré mais le tatami, en japonais le jō (畳). Attention, cela ne veut pas dire que le sol est en tatami. Ce qui est marrant c’est que la valeur de cette unité diffère selon les régions. A Tōkyō, 1 Jō = la surface d’1 tatami = 181.82cm x 90.91cm = 1,653 m2

Enfin, sachez que les logements sont rarement meublés au Japon, hormis pour les séjours de courte durée.

N’hésitez pas à m’écrire si vous avez des questions à ce sujet.

    Gaële
    Publié le Mercredi 12 mai 2010 à 9 h 10 min (Japan Standard Time)

    Très intéressant comme dossier. Je crois que je commencerai en touriste avant de sauter la pas d’y habiter. D’après tes anecdotes, il faut de la patience accompagnée d’une dose de chance et certainement beaucoup de courage. En tous cas ton appart me semble valoir le coup ! :wink

    tibolino
    Publié le Samedi 15 mai 2010 à 9 h 11 min (Japan Standard Time)

    Mon dieu ! ça me rappelle mes expériences parisiennes de logement : appart avec cuisine brûlée, 4 mois de caution etc….a montréal, tu laisses une annonce sur le net et tu attends que le proprio te contacte :) :)

    yuka
    Publié le Mercredi 2 juin 2010 à 7 h 56 min (Japan Standard Time)

    A Paris c’est pas moins pire, c’est juste que c’est plus rapidement refusé, c’est oui ou c’est non , t’as une bonne tête ou pas.

    delphinette
    Publié le Dimanche 13 juin 2010 à 19 h 11 min (Japan Standard Time)

    vous me faites peur, j’espere que d’ici à ce que j’y aille, je puisse assurer tout ça.

    tata jo
    Publié le Jeudi 1 juillet 2010 à 23 h 20 min (Japan Standard Time)

    Comique tes mésaventures à raconter mais à vivre cela doit être pénible en plus il y a le barrage de la langue. Mais super le résultat, l’appart a l’air sympa.

    arihok
    Publié le Mardi 3 août 2010 à 3 h 44 min (Japan Standard Time)

    sa me semble plus complex que sur paris et il fo voir comment la migration d’européen est perçu par les japonais ( les dificulté de ne pas etre japonais dans leur pays ) et si il y as des communauté francophone qui se regroup sa peut aidé ( un chinatown version francophone ) lool
    mais bon c’est la galère .
    A oui et pour un achat de propriété c’est aussi la galère pour un étranger ????
    merci

    Publié le Mardi 3 août 2010 à 22 h 36 min (Japan Standard Time)

    Si t’as les moyens, c’est beaucoup plus facile d’acheter. T’allonges le cash c’est tout. Alors que si tu veux louer, t’as intérêt à apporter toutes les garanties et prouver que tu vas pas te barrer au bout de 3 mois en laissant tout tes meubles :gogo

    arihok
    Publié le Mardi 3 août 2010 à 22 h 55 min (Japan Standard Time)

    merci de cette reponce et comme tu dit « pas te barrer au bout de 3 mois en laissant tout tes meubles » alors si cela est arrivé plusieurs fois par le passé alors leur réaction peut etre compréhensive.

    Zorro Guevara
    Publié le Samedi 14 août 2010 à 0 h 28 min (Japan Standard Time)

    Merci pour cet article très intéressant ! :smi
    Pour l’achat, les prix tournent autour de combien ?

    Publié le Samedi 14 août 2010 à 0 h 34 min (Japan Standard Time)

    à l’achat c’est pas si cher que ça. Je dirais que c’est pas bien différent des prix pratiqués à Paris. Après tout dépend du quartier. Un deux pièces dans le quartier de Ginza coûte bien plus qu’à Nakano par exemple. Tokyo est encore une des rares grandes capitales où l’on peut acheter facilement des maisons… et pour pas plus cher qu’un appartement !

    Zorro Guevara
    Publié le Samedi 14 août 2010 à 1 h 21 min (Japan Standard Time)

    Ok, merci beaucoup ;D
    Sympa votre site en tout cas. C’est bien d’avoir un point de vue, autre que le mien, c’est à dire qui n’idéalise pas le Japon. :)

    Publié le Dimanche 5 septembre 2010 à 22 h 03 min (Japan Standard Time)

    Article intéressant, je devrais en faire un sur « comment acheter »

    lucas
    Publié le Samedi 12 mars 2011 à 2 h 40 min (Japan Standard Time)

    Salut,

    Je cherche un logement pour 10 jours sur Tokyo en juillet 2011. Que me conseilles-tu?

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